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  • La Vérité de Nicolas Sarkozy : une épreuve pour la démocratie

    Par Pascal Maillard

    Montesquieu écrivait ceci dans L’Esprit des lois : « Pour qu’on ne puisse pas abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir ». Le penseur des Lumières fut ainsi le premier à formuler ce qui deviendra la si précieuse règle de la séparation des pouvoirs.

    Je souhaiterais faire entendre un instant cette phrase de Montesquieu comme un avertissement et une leçon à méditer. Un pouvoir a besoin d’être borné, de contenir en son propre sein des limites à son exercice. Car, ainsi que le dira Lord Acton, historien de la liberté au service de la vérité : « le pouvoir tend à corrompre, le pouvoir absolu corrompt absolument ». Maintenant que nous mesurons à quel point le pouvoir sarkoziste a mis à l’épreuve notre démocratie et ses valeurs, les phrases de Montesquieu et de Lord Acton prennent une résonnance toute particulière.

    Nicolas Sarkozy n’a pas fait que franchir des lignes rouges idéologiques pendant une campagne électorale. Il a travaillé pendant cinq ans à les effacer méthodiquement, et ceci au cœur même de l’appareil d’Etat. Que ce grand œuvre d’effacement ait pu s’opérer dans le cadre des institutions de la 5ème  République en dit suffisamment sur l’urgence à en concevoir une 6ème.

     Mais le pouvoir a aussi besoin d’organes de contrôle, de contre-pouvoirs, extérieurs à l’appareil d’Etat. Parmi ceux-ci la presse et les médias ont aujourd’hui une responsabilité toute particulière. Nous devons malheureusement constater que depuis des années, et plus précisément à l’occasion de cette campagne électorale, trop peu d’organes de presse et de journalistes ont accompli leur travail - et peut-être même leur devoir -, ce travail élémentaire et si important de vigilance critique, d’investigation, de quête de la vérité, travail sans lequel il n’existe pas de vie démocratique.

    Alors, en cette terrible époque où la majorité des grands médias sert le pouvoir bien plus qu’il ne sert la vie démocratique, et au moment même où le sommet de l’Etat attaque la liberté de la presse, qu’il me soit permis, en tant que simple citoyen, de rendre un hommage sincère et appuyé à Mediapart, à toute son équipe, à l’intégrité de ses journalistes, à leur travail obstiné et considérable pour établir les faits et faire jaillir la vérité. Nous sommes nombreux à mesurer que tout ce travail, précieux et indispensable, est aussi la condition de notre liberté.

    Non, Monsieur Fillon, non, Monsieur Sarkozy, les abonnés et les lecteurs de Mediapart ne soutiennent pas une « officine », mais un organe de presse libre et indépendant. Il y participent même. Et en insultant Mediapart, vous avez aussi insulté toute la communauté de ses lecteurs et les centaines de lecteurs-rédacteurs  qui font vivre ce journal participatif. En attaquant Mediapart, vous avez attaqué un exemple vivant de démocratie. Nous serons nombreux à ne pas oublier ces insultes et ce mépris. Et demain nous serons encore plus nombreux à soutenir et défendre la liberté d’expression, la liberté de la presse, une liberté de penser que jamais vos intimidations, ni aucun procès, ne pourront entraver.

     

    Un combat pour la vérité est engagé. La vérité des faits. Cette vérité éclatera au grand jour, plus personne n’en doute aujourd’hui. Toute autre est la conception de la vérité qui transpire dans les discours du président-candidat. Après avoir en grande partie privatisé les médias, la Justice, l’Ecole, l’Hôpital, la Recherche et l’ensemble des services publics, Nicolas Sarkozy entend aujourd’hui privatiser la Vérité. Entendez comment, dans chacun de ses discours, il ne cesse de s’identifier à la Vérité. Il l’incarnerait à lui tout seul. Jamais un homme d’Etat n’a eu autant ce mot à la bouche : la Vérité. Il semble lui attribuer des vertus magiques. L’énoncer la ferait être. Cette Vérité présidentielle, qui s’accommode de tous les mensonges dans le même temps qu’elle les fustige,  provoque une sidération et appelle à une croyance.

    Elle n’est en rien fondée dans la raison. Elle me rappelle parfois cette « veritas » médiévale des théologiens, une qualité de Dieu lui-même. Regardez comme elle est grande cette Vérité, en contre-plongée, devant le bleu du ciel, entre Chaillot et Tour Eiffel ! La Vérité de Nicolas Sarkozy, c’est d’abord une mise en scène.

    Aujourd'hui bien des citoyens prennent froid dans le dos en écoutant et en regardant le spectacle de cette Vérité : ne prépare-t-elle pas quelque dangereux fanatisme ? A celui qui professe l’être ou la détenir, cette Vérité, le citoyen lui répond que le peuple, en démocratie, n’attend que la vérité des faits. La vérité d’un bilan et non une fascination pour des mots magiques appartenant aux idéologies de l’extrême. La vérité des faits et des actes qui met l’homme d’Etat devant une chose plus grande que lui, que Nicolas Sarkozy ignore et dont le nom et le sens lui semblent inconnus : la Justice. Il est urgent qu’elle puisse faire son œuvre, sereinement, efficacement, et en dehors de toute intervention politique, dans le respect d’une séparation scrupuleuse des pouvoirs.

    Il est temps que le pouvoir arrête le pouvoir.

     PS : Je viens d'apprendre l'agression de Marine Turchi, journaliste à Mediapart, par des militants de l'UMP au Trocadéro. Je lui dédie cet article et lui dis tout mon soutien.

    http://blogs.mediapart.fr/edition/2012-ils-sengagent/article/010512/la-verite-de-nicolas-sarkozy-une-epreuve-pour-la-demo


  • Appel pour une vraie séparation des banques d'affaires et des banques de dépôt

    « Mon véritable adversaire n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti. Il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera donc pas élu, et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance » affirmait François Hollande dans son Discours du Bourget, le 22 janvier 2012.

     

    « La première décision à prendre, c’est de séparer ce qui relève du crédit, du dépôt, bref du service à l’économie, de ce qui appartient aux opérations de spéculation, pour que les dépôts des épargnants ne soient pas utilisés à d’autres fins que le prêt à l’économie, précisait-il à Toulon deux jours plus tard. Ce sera terminé ! Cette séparation sera faite.»

     

    Une loi sur les banques est aujourd’hui en discussion. Hélas, tout laisse craindre une réforme au rabais, une "retouche cosmétique", une loi qui ne règlerait aucun problème :

     

    • 1. L’économie réelle ne serait toujours pas protégée d’un possible Tsunami sur les marchés financiers (faut-il rappeler que, en Grande-Bretagne, la dette du secteur financier atteint 600% du PIB ?).
    • 2. Les PME auront toujours autant de difficultés à se financer, alors qu’une vraie séparation obligerait les banques de dépôt à consacrer la totalité de leurs fonds au financement des PME et de l’artisanat.
    • 3. L’argent des contribuables continuera à servir d’assurance tout-risque pour quelques milliers de traders et autres cadres dirigeants.

     

    La loi en cours de discussion prévoit seulement de filialiser les activités les plus dangereuses. On sait hélas qu’une telle filialisation ne règle rien : en 2008, le premier assureur mondial, AIG (116.000 salariés et 110 milliards de chiffre d’affaires) a été coulé par sa micro-filiale de trading à Londres qui, malgré sa petite taille (0,3 % des effectifs de l’assureur), a accumulé suffisamment de risques pour faire chuter l’ensemble du groupe ! En quelques semaines, le gouvernement américain a du apporter plus de 180 milliards pour éviter l’effondrement de l’ensemble du secteur. La chute d’AIG montre de façon indiscutable que la filialisation n’est pas une solution efficace.

     

    La solution permettant de construire le système bancaire le plus solide, tourné vers l’économie réelle et ne mettant pas en danger l’épargne des contribuables est simple et éprouvée : c’est la séparation complète des activités de dépôts et de crédit d’une part et des activités d’investissement spéculatives d’autre part.

      C’est comme cela qu’a fonctionné le système bancaire de tous nos pays entre 1945 et 1984. Ce qui prouve la faisabilité de cette solution.

     

    Pour toutes ces raisons, venant de tous les horizons politiques, nous demandons solennellement aux élus de la Nation de refuser une réforme édulcorée et d’agir avec force pour une vraie séparation des banques de dépôt et des banques d’affaires .

      Pour protéger les comptes bancaires des citoyens, pour protéger les finances publiques, pour lutter contre la spéculation, il est temps de remettre la finance à sa place.

    Soyez nombreux à signer ici :

    http://www.monadversairecestlafinance.fr/index#jesigne